EYE SEA La seiche… comme vous ne l’avez jamais vue

La seiche est le plus étudié des céphalopodes. Et pour cause, ses capacités cognitives sont à la fois étonnantes et complexes. Son acuité visuelle lui offre, en particulier, une représentation et une compréhension parfaite de son environnement. Le projet Eye Sea, lauréat du prix Têtes Chercheuses 2016*, laisse entrevoir le monde à travers les yeux de ce petit mollusque… qui n’a rien à envier à l’homme.

Eye sea
  1. La seiche : une vision très performante
  2. Eye Sea : une expérience ludique et scientifique

La seiche : une vision très performante

Au cours de son évolution et pour mieux s’adapter à son environnement naturel, la seiche a compensé la perte de sa coquille protectrice externe par une intelligence très développée. Ses capacités cognitives lui sont notamment conférées par une vision remarquable. Champ de vision à 320°, polarisation de la lumière et détection des contrastes sont quelquesunes des facettes de ce système visuel. « A priori, elle ne verrait pas les couleurs, même si cette question est débattue actuellement », précisent Cécile Bellanger et Anne-Sophie Darmaillacq, chercheures au sein de l’UMR Ethos . « Les dernières hypothèses laissent supposer qu’elle arriverait peut-être à distinguer quelques couleurs ». Mais si elle ne distingue pas ou peu les couleurs, la seiche perçoit très nettement les contrastes. « La seiche discerne des propriétés de la lumière auxquelles nous sommes insensibles. Elle ne va pas coder la longueur d’ondes, mais plutôt le plan sur lequel l’onde va se propager. Elle est capable de voir la façon dont la lumière est réfléchie par un objet »… Difficile pour tout un chacun de se représenter ce que la seiche peut percevoir. C’est pour répondre à cette difficulté que Cécile Bellanger et Anne-Sophie Darmaillacq ont imaginé un dispositif de médiation scientifique permettant de comparer les capacités visuelles de l’homme et de la seiche. Le prix Têtes chercheuses porté par le Dôme et la Fondation Musée Schlumberger leur a offert, en 2016, l’opportunité de concrétiser ce projet.

Eye Sea : une expérience ludique et scientifique

Actuellement en cours de développement avec la startup normande So numérique, Eye Sea est un outil de médiation scientifique simulant une plongée sous-marine. L’usager, doté d’un casque de réalité virtuelle et d’une manette de jeu, part à la découverte de ce petit céphalopode d’une dizaine de centimètres dans les eaux de la Manche. L’objectif : observer la seiche dans son milieu naturel et réussir à la prendre en photo… avant qu’elle expulse un nuage d’encre pour masquer sa fuite. Son système visuel lui permet en effet de repérer rapidement les dangers et de mettre au point des stratégies efficaces pour se protéger et duper ses prédateurs.
Différents scénarii permettent ensuite d’appréhender les capacités visuelles de la seiche. Grâce à une fine détection des contrastes, elle distingue très facilement les crevettes posées sur les fonds sableux ou évoluant dans les eaux troubles, là où l’oeil humain aura davantage de difficultés à discerner ces petits crustacés translucides. Congres, dauphins et autres crabes sont également intégrés à l’environnement virtuel : l’utilisateur d’Eye Sea devra déployer des stratégies de camouflage pour se fondre dans son environnement et des stratégies de défense pour s’extraire de situations dangereuses. Des fenêtres de textes et de vidéos ponctuent également l’expérience d’immersion, apportant ainsi des explications sur le comportement et le mode de vie de la seiche.
Le dispositif a vocation à être présenté dans les établissements scolaires et durant les événements de culture scientifique. Il a également trouvé sa place à la Cité des sciences dans le cadre d’un atelier proposé lors de la Semaine du cerveau. Eye Sea sera officiellement dévoilé au Centre de recherches en environnement côtier de Luc-sur-Mer lors de la prochaine édition de l’opération « Littoral en Fête », organisée dans le cadre la Fête de la science, du 7 au 15 octobre 2017. À découvrir !

* - Porté par le Dôme et la Fondation Musée Schlumberger, le prix Têtes chercheuses récompense, depuis 2010, des dispositifs de médiation scientifique à destination du grand public et des publics scolaires. Le concours est ouvert aux équipes de recherche privées et publiques installées en région Normandie. L'édition 2017 a distingué le GREYC pour le projet CYBERCRYPT.

http://recherche.unicaen.fr/ressources/outils/eye-sea-825922.kjsp