Production et utilisation de la communication vocale et du langage

Nos recherches, par une approche comparative multi-espèces et une approche développementale notamment chez l’homme, s’inscrivent dans le débat opposant langage humain et vocalisations des autres mammifères, en particulier des primates non-humains. Nos études portent sur les facteurs individuels, sociaux et contextuels structurant les variations inter- et intra-individuelles tant dans la production que dans l’utilisation de la communication vocale et du langage.

Le rôle social de la convergence vocale ou verbale

La vie sociale joue un rôle important dans l’expression de la variabilité acoustique chez les primates non-humains : dans un clade donné, les espèces avec une structure sociale complexe présentent un plus large répertoire vocal. De plus, les cris ayant une fonction sociale, cri de contact par exemple, sont plus variables que ceux liés à l’environnement non-social, comme les cris d’alarme. Enfin, les espèces tolérantes (macaques de Tonkéan, macaques à crête) manifestent une plus grande flexibilité sociale et une plus grande diversité vocale que les espèces intolérantes (macaques japonais, macaques rhésus). Chez les espèces tolérantes, le partage vocal se fait entre individus affiliés (mones de Campbell) ou de même classe d’âge (bonobos), alors que chez les macaques japonais, le partage vocal est lié à la différence de rang hiérarchique, les dominés copiant les dominants.

Les différences intra et inter-sexe liées au statut social sur l’usage de la communication vocale et verbale.

Le discours parental a une influence majeure sur l’acquisition du langage et sur les différences interindividuelles. Ainsi, le statut socio-économique des parents influence l’acquisition des liaisons obligatoires (un ours se prononce un Nours), acquisition plus précoce chez les enfants issus de catégories socio-professionnelles plus élevées. Il n'y a pas de différence liée au sexe chez ces enfants alors que dans les milieux socio-professionnels bas, cette acquisition est plus tardive chez les garçons que chez les filles. Cette acquisition est assez complexe mais fondamentale car elle peut conditionner l’apprentissage de la segmentation des mots dans une phrase.

Acquisition du langage et interactions parents-enfants

Chez les mangabés à joues blanches, l’influence des caractéristiques des parents, mais aussi des enfants, se retrouve dans l’expression des comportements maternels et des vocalisations. Les femelles primipares regardent d’avantage leur enfant que les multipares, inversement celles-ci portent plus fréquemment leur enfant et l’épouillent plus souvent. Les cris de contacts sont davantage exprimés chez les femelles ayant un enfant que chez les femelles n’en ayant pas ; les cris d’excitation sont plus présents chez les femelles primipares que multipares.

Flexibilité vocale: changement de statut

Interactions entre émotions et vocalisations

Ces interactions sont étudiées chez deux modèles : les bébés humains et les chevaux (en collaboration avec l’équipe 2).
Chez le bébé né prématuré, la description du répertoire vocal permet d'étudier le lien entre les différents types de vocalisations des bébés et le contexte émotionnel dans lequel ils se trouvent au moment de l'émission. Ainsi, les cris aigus sont plus souvent émis en situation ayant une valence émotionnelle positive (par exemple, peu de contrainte de mobilité) alors qu’à l'inverse, les cris graves et longs sont émis lors de situations ayant une valence négative (forte contrainte sur la mobilité).

Codage émotionnel

Chez les chevaux, en contexte d’excitation forte, le hennissement permet de faire redescendre le nombre de battements cardiaques (indice physiologique pertinent pour caractériser l’état émotionnel) à un niveau de base (en collaboration avec l’équipe 2). Les ébrouements quant à eux, et plus particulièrement les ébrouements pulsés, caractérisent des émotions positives.

Codage émotionnel : le hénissement