Production et utilisation de la communication vocale et du langage : facteurs structurant la variabilité

Nos recherches, par une approche comparative multi-espèces et une approche développementale notamment chez l’homme, s’insèrent dans le débat opposant langage humain et vocalisations des autres mammifères, notamment des primates non-humains. Nos études portent sur les facteurs individuels, sociaux et contextuels structurant les variations inter- et intra-individuelles tant dans la production que dans l’utilisation de la communication vocale et du langage.

  1. Facteurs intrinsèques : le codage vocal des caractéristiques de l'émetteur
  2. Facteurs extrinsèques : influences sociales, partage et convergence au sein des réseaux sociaux
  3. L'adaptation de l'émetteur au contexte de communication
  4. Faits marquants

Facteurs intrinsèques : le codage vocal des caractéristiques de l'émetteur

Grâce aux outils d'analyse acoustique, nous explorons, dans les vocalisations, le codage de l'identité de l’individu et de ses caractéristiques (âge, sexe, morphologie, état physiologique). Nous nous intéressons également aux variations liées au contexte de production et à sa valence émotionnelle.

le codage de l'identité de l’individu et de ses caractéristiques dans les vocalisations

Facteurs extrinsèques : influences sociales, partage et convergence au sein des réseaux sociaux

L'intégration, les relations et les interactions des individus au sein des réseaux sociaux sont des facteurs importants qui structurent la variation dans la communication vocale animale et dans le langage humain. La variation n'est pas répartie au hasard dans les répertoires vocaux des individus. Nous étudions le lien entre la fonction d'un cri et son taux de variabilité.
Parmi les influences sociales, les parents sont souvent les premiers modèles impliqués dans le développement notamment vocal du jeune. Chez l’homme, les facteurs sociaux structurent également la variation à l'intérieur d'une langue (variation sociale et géographique, dialectes). Nous étudions le développement langagier et l’acquisition de la variation sociolinguistique en lien avec les caractéristiques de l’enfant (âge, sexe), de sa famille (milieu socio-économique), et des interactions parents-enfant (mère et père). Nous étudions également le rôle de la mère chez les primates non-humains.

Développement langagier chez l'enfant de 2 à 6 ans : influence du milieu socio-économique et du sexe

D'autres facteurs sociaux sont également pris en compte pour expliquer des phénomènes de convergence entre partenaires observés chez des espèces considérées comme des « vocal learners » (dauphins) ou des « non-vocal learners » (primates non humains). Nos travaux remettent ainsi en cause l'idée d'une plasticité vocale limitée chez les primates non-humains.

Phénomènes de convergence entre partenaires

Chez l'homme, les influences sociales sur l'acquisition de la variation s'étendent, au-delà de la famille, aux affinités précoces entre pairs. Les usages sociolinguistiques entre enfants convergent au cours du temps dès l’école maternelle, en fonction de l'intégration et de la fréquence des interactions sociales dans le groupe.

Usages sociolinguistiques : influence du groupe de pairs

 

L'adaptation de l'émetteur au contexte de communication

Le contrôle des primates non-humains sur la structure acoustique de leurs vocalisations s'exprime également par la convergence vocale à court terme entre partenaires aux cours des échanges vocaux ou par l'accommodation vocale en fonction du contexte. Les ajustements des parents envers un jeune sont étudiés à la fois chez  les primates non-humains et chez l’homme. Chez l’homme, nous étudions également les capacités de l’enfant à ajuster ses usages sociolinguistiques en fonction l’identité de ses partenaires au sein de son réseau familial et amical.

Usages sociolinguistiques au sein du réseau social chez l'enfant : influence du contexte de communication

Faits marquants

  • La voix devient plus grave avec l'âge et la taille chez différents mammifères.
  • Une influence du milieu socio-économique et du sexe de l’enfant dans l'acquisition des habiletés langagières et de leurs variations entre 2 et 6 ans.
  • Le "partage vocal" entre partenaires préférentiels chez les femelle mones de Campbell sauvages.
  • Une convergence des usages sociolinguistiques entre enfants dès l’école maternelle, en lien avec la fréquence de leurs interactions sociales et leur intégration dans le groupe classe.
  • Un ajustement des usages sociolinguistiques, et notamment des variétés régionales d’une langue, chez l’enfant d’âge scolaire, selon l’identité de l’interlocuteur au sein de son réseau familial et amical.